Le décompte
Après avoir réglé les détails d'usage et soulagé sa vessie d'une pression trop
lourde pour son humble fonction, se rendre au plus vite à la salle de réunion.
Là y attendent une belle brochette de binoclares et autres ingénus fervents de
nouveautés, mais aussi impatients de vomir ce que leur cervelle de génie a pu
mettre au point de plus incroyable, de plus inédit aussi, pour répondre aux
attentes du maître. Et le voici à nouveau, prêtant à loisir sa robe, à qui,
selon la circonstance, s'en trouverait digne. Yann.
Une fois dans l'arène, il se sait attentivement écouté, à l'image de ceux-là
dont les paroles se voient bues comme un élixir déversé de la main du messie en
personne.
- Mes amis, les résultats que vous m'avez récemment fournis ont été présentés à
la hiérarchie et nos dirigeants en sont par avance ravis. L'axe que prend
aujourd'hui le projet centaure doit être le dernier tournant qui permettra de
conclure les travaux de recherche et passer à la phase d'exploitation
industrielle. Votre travail est précieux et votre motivation est
perceptible. Vous le savez, je ne suis que le représentant d'une équipe de
grands scientifiques que vous êtes. A ce titre, je veux pouvoir dire au plus
haut, à quel point l'énergie motive nos troupes. C'est en cela que je veux
compter sur chacun et chacune d'entre vous, c'est en cela que je veux, comme
d'une seule voix l'entendre de votre proche bouche. Mes amis, nous venons de
percevoir une rallonge budgétaire de 317 000 euros pour ce projet ainsi que la
mise à disposition du site B de production, pour lancer la fabrication des
premières machines. Alors à cela j'attends votre réponse. Etes-vous motivés ?
Oui ou non.
Et la réponse tombe, naturellement attendue, comme le constat effroyable
qui démontre à chaque fois que la foule tue l'individu, et en cœur s'il vous
plaît.
- OUI NOUS LE SOMMES !
L'harmonie de la réponse, l'énergie de ces hommes et femmes en ces voix réunis,
le chef de meute vibre à son tour, et avec lui toute la force de sa voix.
- Etes-vous avec moi oui non ?
- OUI NOUS LE SOMMES !
- Messieurs, merci. Je suis fier de travailler avec vous.
Encore merci. Une circulaire sera mise à disposition dès cet après-midi. Merci
aux chefs d'équipe d'en résumer le contenu pour leurs ouvriers. Et
maintenant, bon appétit à toutes et à tous, je pense que nous l'avons bien
mérité.
Levée de séance.
Au même moment mais dans un tout autre contexte, il est aussi question de
mérite.
« Saha ! »
La voix ne cessait d'appeler la jeune ombre. Inquiétude, désarroi mais aussi
agacement s'étaient épris d'elle. Alors, elle ne bougeait plus. Son calvaire se
devait de trouver une fin. D'autres, pour cela, devraient en payer le prix.
Elle le savait. Çà avait toujours été ainsi. Çà le sera encore, et encore. Par
ce ciel qui commença à s'ouvrir au dessus d'elle, par ces noms qui s'en
échappaient, elle le savait.
« Je touche au but ! »
Il pleuvait des confettis dans un ciel éblouissant. Ils seront très vite la
source de pleurs pour les noms qu'ils portaient. Parmi eux, un garçon. Au
milieu de ceux la pour qui il faudra venir, saisir et partir, une mission. Le
suivre, le garder et l'accompagner. L'observer, s'en approcher et le connaître.
Puis l'effleurer, puis l'attendre. L'attendre et le saisir. Et enfin
comprendre.
« STOP POLICE »
Ce panneau suffira-t-il à l'arrêter ? Cette sonorité sourde et amère
trouvera-t-elle en quelque moment une trêve et inscrire un sursis de quelques
instants pour une cible identifiée ?
La lumière s'en allait progressivement. Et les taches d'ombres revenaient. Saha
ne comprenait pas, mais savait qu'ici se terminait son apprentissage. Sa mère,
ce regard fier. Et les autres, si satisfaits.
L'apprentissage se terminait en effet pour la jeune ombre. Elle avait les noms,
elle était prête. Et aux simples mortels de l'être aussi. Car pour eux commence
dès lors le décompte.
Immortel
Scène rouge.
Loin des soucis du mortel, loin aussi des questionnements sur la vie, sa mort,
l'éternité ou toutes ces questions qui occupent l’esprit de tous ceux qui
craignent un jour de ne plus être, il est. Pour avoir su éviter le chemin d’un
grenier conduisant un jour ou l'autre à d'autres greniers puis à l'oubli.
Maintes fois rapiécé par le soin de tante Aline, il est resté pour Lou le plus
grand des confidents, le plus fidèle des amis et surtout le conseiller, le
mentor. Le fou du roi ? Nommez-le comme vous voudrez, il est, et se nomme
Twinky.
...
à suivre.
